Ile Longue 1914-1919
Ile Longue 1914-1919, le camp de prisonniers

Dieser Internet-Auftritt verfolgt das Ziel, möglichst viele Informationen über das Internierungslager auf der Ile Longue zusammenzustellen, damit Historiker und Nachkommen der Internierten sich ein Bild von den Realitäten dieses bisher wenig bekannten Lagers machen können - nicht zuletzt auch, um die bedeutenden kulturellen Leistungen der Lagerinsassen zu würdigen.

Le but de ce site est de prendre contact avec les familles des prisonniers allemands, autrichiens, hongrois, ottomans, alsaciens-lorrains... qui ont été internés, pendant la Première Guerre mondiale, dans le camp de l’Ile Longue (Finistère).

Revue « Die Kehrseite »

« Die Kehrseite » (« La Face cachée »)

L’interdiction définitive du journal de camp « Die Insel-Woche », prononcée en mai 1918, est sans doute en lien avec l’Accord entre le Gouvernement Impérial Allemand et le Gouvernement de la République Française concernant les civils (« Accords de Berne »), signés le 26 avril 1918, dont les textes, affichés aux camps dans les deux langues, prévoient l’échange de tous les internés civils. (Pour plus d’informations sur l’interdiction de « Die Insel-Woche », voir l’article “« Die Insel-Woche » - la fin”. Article en cours).

Dans un communiqué adressé aux lecteurs, les responsables de la rédaction affirment avoir engagé immédiatement toutes les démarches nécessaires en vue d’une autorisation pour un nouveau journal de camp. Nous n’avons trouvé aucune trace de telles démarches ni d’éventuelles réactions de la part des autorités françaises. Nous savons par contre, grâce aux témoignages d’anciens prisonniers, que, dans l’attente de leur prochaine libération, les prisonniers étaient avant tout occupés à préparer leur départ.

Dans son témoignage « 5 années derrière les barbelés », Hellmut Felle écrit à ce sujet :

« Vendredi 10 mai 1918 1280ejour

Grande joie au camp à cause de la ratification des accords entre l’Allemagne et la France sur l’échange de prisonniers.

Samedi 11 mai 1281e jour

Les termes des accords sont publiés au journal. Selon eux, les internés civils doivent donc être échangés avant le 15 août.

Sans arrêt, nous nous posons la question si l’accord d’échange sera effectivement appliqué. Je n’ose plus m’adonner à des espoirs. »

Aussi longtemps que les internés croient en l’application des accords de Berne et leur prochain rapatriement, la question d’un nouveau journal de camp ne semble pas les occuper.
Cependant, la joyeuse certitude d’une libération imminente laissera de plus en plus la place aux doutes, à la frustration et la dépression du côté des internés, quand, après des semaines et des mois d’une impatiente attente, ils doivent constater que les Français ne semblent pas vouloir exécuter les accords de Berne, dans les délais prévus.

A ce sujet, un extrait du témoignage du prisonnier C. W. H. Doetsch :

« Enfin conclu, le Traité de Berne d’avril 1918, prévoyait le rapatriement prochain de tous les internés civils. L’exécution des modalités du traité, par contre, était tellement retardée par le côté français que, tandis que, après des mois d’attente, quand nous étions prêts à partir pour la patrie valises en main - c’était le 11 novembre 1918 - à 11 heures que l’on a reçu l’ordre : « retournez au camp ! » L’armistice venait juste d’être conclu !… Cela voulait dire pour nous de revenir dans la misère triste et incertaine ; cela voulait dire presque succomber au désespoir !

Et maintenant, il restait encore une année de plus que j’appellerais un internement condensé. S’en suivaient les évènements dans la patrie et la perte des espoirs, des concepts, des idées…des mondes. Nous aussi sur notre île nous avions à souffrir toutes les douleurs ressenties par nos compatriotes, mais, comme tout dans notre vie derrière les barbelés, elles nous atteignaient plus dans notre âme, et des impressions de ce type comptent doubles.
Les palabres humanitaires français avaient permis de nous garder en France encore presque une année entière après la signature de l’armistice, en tant que prisonniers civils. Quand, juste avant le 20 octobre 1919, le vrai jour de notre départ pour la patrie, nous avons reçu le message de notre transport proche, personne ne voulait y croire, car les promesses et paroles françaises avaient perdu toute crédibilité pour nous. »

C’est exactement cette période de vaine attente, qui est aussi celle de la capitulation inconditionnelle de l’Empire Allemand, de la prise de connaissance des insupportables conditions de l’armistice (traités de Versailles) ainsi que des bouleversantes nouvelles arrivées d’Allemagne (« révolution de novembre », l’abdication de l’Empereur, la révolte spartakiste, l’assassinat de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht …), cette période entre septembre 1918 et février 1919, qui fait naître le nouveau journal de camp du nom de « Die Kehrseite » (« la face cachée »).

Supposé non autorisée et, par conséquent, non soumise à la censure, cette feuille est le reflet de cette période, marquée par confusions, dissolution, effondrement et désespoir.

Voici à nouveau un extrait du témoignage de Hellmut Felle :

« Vendredi 7 juin 1918 1308e jour

Présence au camp de deux messieurs du Ministère français, pour cause de l’échange de prisonniers.

Samedi 29 juin 1918 1330e jour

Temps splendide. Deux Suisses en visite au camp. Personne ne sait pourquoi ils sont venus.

Samedi 6 juillet 1918 1337e jour

Les signes précurseurs de notre départ se multiplient. Lundi prochain, les Alsaciens déportés des terres de l’Empire doivent partir d’ici. Oh, si seulement nous pouvions bientôt rentrer à la maison !

Lundi 8 juillet 1918 1339e jour

Les Alsaciens partent effectivement. Dieu soit merci que l’échange commence vraiment. Est-ce que quelqu’un peut s’imaginer ce que l’on ressent quand cette promesse, tant de fois entendue et aussi souvent déçue, devient réalité, peut-être très prochainement ?

Jeudi 8 août 1918

Oh, combien pèse lourd sur nous tous, ce malheureux temps d’attente. Déjà l’été sera bientôt passé. Tout sera froid et nu quand nous arriverons à la maison. Nous attendons et attendons.
Le théâtre est fermé, les livres de la bibliothèque sont empaquetés et prêts pour le voyage. Moi aussi, j’ai fait mes valises. Maintenant, je dois recommencer à déballer mon linge à coudre et – attendre, attendre.

Nous attendons et attendons.

Nous reprenons nos crosses de hockey et jouons jusqu’à l’épuisement, afin d’oublier … oublier.

Nous passons dans la baraque, nous asseyons face à face, vides, creux et attendons … attendons.

Dimanche 8 septembre

Une mauvaise période est derrière nous. Une fois de plus, notre espoir le plus ardent d’être échangés a été déçu. Il faut l’avoir vécu soi-même pour comprendre ce que cela signifie : la perte de l’espoir, de la foi et de la confiance. Nous ne sommes plus que des objets, utilisés pour des représailles et des procédures d’échange. Il suffit de chouchouter verbalement les prisonniers et de faire le contraire. Nous sommes pris d’amertume et de dégoût.

C’est dans l’inquiétude que nous voyons arriver l’hiver. Une grave épidémie de grippe s’est abattue sur le camp. Il y a de nombreux malades.

Et aujourd’hui je fais un épais trait final sous le chapitre « échange ».

8 octobre 1918

Ces derniers jours, mes pensées sont plus que jamais allées vers la patrie. Oh, si je pouvais aider !

Jeudi 7 novembre 1918

Le soir, il fut annoncé que, lundi prochain, les prisonniers avec les initiales A – H devaient partir pour un nouveau camp. Toutes les lettres et tous les documents doivent être déposés.
Soudainement, du côté de Brest, des fusées et des phares surgissent dans l’obscurité. Est-ce l’armistice ? Nous sommes déchirés entre les soucis pour la patrie et le souhait de pouvoir enfin rentrer à la maison.

Lundi 11 novembre

A midi les batteries dans la rade font feu. Au lointain, des sons de cloches se font entendre. L’armistice ! Nous avons peur des conditions !

Mardi 12 novembre

Les conditions de l’armistice sont effroyables.

Cela ne peut être vrai. Avec le camarade Reuter, nous contournons en courant le camp jusqu’à ce que nous soyons hors haleine. Occupation de l’Allemagne jusqu’au Rhin, abandon de l’Alsace-Lorraine, des têtes de pont à Cologne, Coblence, Mayence. La livraison de 9 000 pièces d’artillerie, 25 000 mitrailleuses, 5 000 locomotives, 150 000 wagons, 5 000 camions. La plus grande partie de notre marine de guerre doit être remise, sans aucune réciprocité. Effondrement psychique au camp. »

Ainsi raconte Hellmut Felle.

Ce sont les états d’âmes et les événements politiques tels que Hellmut Felle les décrit, qui poussent l’auteur de l’éditorial du premier numéro [1] de « Die Kehrseite » à poser la question « Ce que nous ne voulons pas ? » comme aussi cette réponse, à priori surprenante : « Nous ne voulons pas devenir des êtres moraux [2] ».

Le titre de cet éditorial, « Ce que nous ne voulons pas ? », étant clairement une référence au journal « Die Insel-Woche » et l’éditorial de celui-ci – « Was wir wollen » (« Ce que nous voulons ») - en dit long sur les relations ambivalentes entre « Die Kehrseite » et « Die Insel-Woche ». D’un côté, le nouveau journal se réclame de la tradition de l’ancien et veut la poursuivre, ce qui se manifeste entre autre par la présence dans l’équipe rédactionnelle d’anciens éminents collaborateurs de « Die Insel-Woche » [3] , de l’autre côté « Die Kehrseite » cherche à se démarquer de son prédécesseur et à en devenir le contraire.

En effet, à travers la réponse « Nous ne voulons pas devenir des êtres moraux » l’éditorialiste exprime sa conviction que, dans les circonstances apocalyptiques données, il serait grand temps d’abandonner les idéaux humanistes et normatifs qui sont ceux de « Die Insel-Woche ». L’objectif rédactionnel de « Die Kehrseite » - et c’est ce qui explique son nom – consiste à montrer l’autre face de l’homme. La face cachée qui ne montre pas l’homme qui se conforme aux exigences de la morale, mais tel qu’il est vraiment, l’homme dans toute sa nature « marécageuse » [4].

Notes :

[1paru le 9 septembre 1918

[2Traduction approximative de l’allemand « Wir wollen nicht sittlich werden. » L’éditorialiste de „De Kehrseite“ semble vouloir démarquer la ligne rédactionnelle de ce nouveau journal par rapport à celle de l’ancien, « Die Insel-Woche », dont l’un des objectifs rédactionnels majeurs était le maintien de l’ordre, de la morale et de la bienséance.

[3Selon Bayer (op. cit. p. 140) : Hommel, Seemann, Reuter

[4Traduction du terme effectivement utilisé et appliqué à l’homme dans l’article « Was wir nicht wollen ? » Cf. « Die Kehrseite » du 8 septembre 1918, p. 1

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