Ile Longue 1914-1919
Ile Longue 1914-1919, le camp de prisonniers

Dieser Internet-Auftritt verfolgt das Ziel, möglichst viele Informationen über das Internierungslager auf der Ile Longue zusammenzustellen, damit Historiker und Nachkommen der Internierten sich ein Bild von den Realitäten dieses bisher wenig bekannten Lagers machen können - nicht zuletzt auch, um die bedeutenden kulturellen Leistungen der Lagerinsassen zu würdigen.

Le but de ce site est de prendre contact avec les familles des prisonniers allemands, autrichiens, hongrois, ottomans, alsaciens-lorrains... qui ont été internés, pendant la Première Guerre mondiale, dans le camp de l’Ile Longue (Finistère).

Les auteurs à l’affiche
Article mis en ligne le 27 novembre 2012

par Michel P
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Les auteurs dont les pièces sont à l’affiche au camp sont quasiment tous des contemporains ; quatre auteurs échappent à cette règle :
Gustav Freytag (1816/1895) dont la comédie « Les journalistes » date de 1852.
Franz Grillparzer (1791/1872) « malheur à celui qui ment » en 1838.
L. Anzengruber (1839/1889) et sa pièce « Le pasteur de Kirchfeld » de 1870.
Adolf L’Arronge (1838/1908 ) avec « Hasemann’s Töchter » en 1877.
Otto Erich Hartleben est décédé en 1905, Oscar Wilde en 1900.

Les auteurs les plus joués au camp sont Ludwig Thoma (veine réaliste), Arthur Schnitzler (lyrisme viennois) et Hermann Sudermann et Otto Erich Hartleben (auteurs naturalistes).
Les pièces également sont relativement récentes et rencontrent, lors de leur sortie, un succès important - quelques fois international - auprès du public pour des raisons très différentes.

Des auteurs reconnus à leur époque ; Albert Weisberger – peintre impressionniste, peint Max Halbe.
Lovis Corinth peintre allemand de la fin XIXème début XXème réalise les portraits de Max Halbe dans son jardin (1899) et de G. Hauptmann en 1899, Erich Büttner peint Arno Holz, etc..
Hauptmann est prix nobel de littérature en 1912.

Trente auteurs sont à l’affiche à l’Ile Longue.
Dans un contexte de guerre entre la France et l’Allemagne, les auteurs choisis au camp développent des idées, des thèmes et des styles très différents les uns des autres.

Certains s’enfermeront dans un nationalisme exacerbé, teinté d’un antisémitisme entre les deux guerres. C’est le cas de Ludwig Thoma ; il réalise des satires réalistes des événements de son temps en général et de la Bavière en particulier. Dans l’enthousiasme patriotique de 1914, il ne supportera pas la défaite allemande et développera au fil du temps une propagande antisémite et nationaliste. Max Halbe influencé par le naturalisme d’ Ibsen deviendra également antisémite vers la fin de sa vie et adoptera les thèses national-socialistes du Blut und Boden. Il conviendrait de citer également H. Sudermann, l’auteur dramatique le plus représentatif du règne de Guillaume II, qui portera les idées romantiques de l’ethnicité et de la patrie à travers le prisme d’un nationalisme exacerbé. Les pièces choisies par les prisonniers ne reflètent pas ces tendances nationalistes de leurs auteurs qui embrasseront les thèses nationalistes souvent vers la fin de leur carrière, donc bien après la 1ère guerre.

Et puis à l’opposé, des auteurs dont les pièces sont également jouées à l’île Longue luttent contre le nationalisme de l’époque et l’antisémitisme ; c’est le cas de Melchior Lengyel, pacifiste hongrois,ou de Karl Schönherr qui refusera à ce que son travail soit récupéré à des fins de propagande ou encore d’ Arthur Schnitzler et de Hugo von Hofmanstahl, tous deux amis. Ils brossent le tableau d’ une société viennoise sur le déclin. Henry Bernstein, également joué à l’ Ile Longue, dénonce l’antisémitisme dans une pièce de 1911 « Après moi » qui évoque la vie d’un déserteur juif. Cette pièce déclenchera de violentes réactions antisémites, notamment de l’Action Française de Léon Daudet.

Certains auteurs représentent le courant réaliste allemand, avec des pièces issus de l’art populaire ou de la littérature de type régionaliste, d’autres auteurs sont d’une veine naturaliste. Les courants romantique et symboliste sont rarement évoqués. Enfin, deux auteurs sont à part : Hugo von Hofmansthal et Arthur Schnitzler, issus du lyrisme viennois, un lyrisme de l’intériorité qui renvoi à l’univers onirique développé par Freud.

Le courant romantique est essentiellement représenté par F. Grillparzer et sa pièce « Malheur à celui qui ment ». Grillparzer est un dramaturge autrichien qui connu un échec avec cette pièce, échec qui l’isola un peu plus de la société des hommes. Il vécu avec la conviction romantique que le poète n’appartient pas au monde des hommes. F. Grillparzer se dissocie du courant viennois de l’époque porté par Schnitzler et Hofmansthal. Ses œuvres sont intimistes et mêlent le fantastique au réalisme.
Même au camp, la pièce n’a pas rencontré un enthousiasme délirant à en croire l’article paru dans le journal « Die Insel-Woche » n° 25, p. 2 du 23 septembre 1917.

« 1ère représentation « Malheur à celui qui ment ». L’impression éprouvée lors de cette représentation n’est pas globalement satisfaisante. Nous avons en particulier vu de bons, voire d’excellents choses, mais le résultat final n’a pas toujours pu nous faire oublier les invraisemblances romantiques de l’action et les longueurs des dialogues. Nous avons ri, comme vous dans le plaisir du jeu, ri sincèrement, mais ce qui nous a réjoui, ce sont moins les mots de l’auteur ou les intrigues de l’histoire que les sauts sauvages et les cris gutturaux des Barbares, l’ivresse de Kaltwald ou la chute de Galomir tandis que nous n’avons pu ressentir un intérêt intérieur pour le déroulement de l’action et pour le destin des personnes agissantes que dans quelques trop rares scènes. Les acteurs ont donné le meilleur d’eux-mêmes. Le pieux Bischof Grégor, interprété par M. Erichsen, était malgré les interminables sermons que lui avait écrit l’auteur, un personnage tout à fait respectable et sympathique. Dans le rôle de Kaltwald, M. Schulze a su réunir la colère, l’avidité et la méfiance du chef de tribu barbare avec un courage naïf et M. Wildt joua sa friponne de fille, Edrita, avec beaucoup de grâce. A part les rôles de ceux qui veulent toujours avoir raison, M. Bergmann a interprété un Attalus toujours mécontent, un personnage crédible que nous pouvons que trop comprendre sur la base de notre propre expérience. M. Steger était comme Galomir, si droit, si adapté dans son élément. L’âme de la pièce est tout de même le garçon de cuisine Léon qu’a joué M. Klaebisch avec une grande dignité et une assurance légère : il gagne la plus grande reconnaissance. A ne pas négliger, le travail de l’équipe artistique et technique qui, grâce à ses décors finement réglés et harmonieux et ses somptueux costumes a donné un arrière-plan authentique ». Signé HG.

Si la structure des pièces est souvent critiquée dans le journal « Die Insel-Woche », le jeu des acteurs et le travail des techniciens sont toujours encensés, ainsi l’article paru dans le journal au sujet de la pièce « Le pasteur de Kirchfeld » :
« Un texte impeccable, un travail d’équipe bien huilé, des atmosphères parfaitement rendus à travers les décors, de somptueux costumes et des scènes folkloriques magistralement construites : le jeu, les artistes et les techniciens ont permis au théâtre de rencontrer un nouveau grand succès ».

Freytag, libéral allemand, est la figure emblématique du réalisme allemand. Il fait une description des liens entre journalisme et pouvoir dans sa pièce « Les Journalistes » (1852) ; un succès parachevé par son roman social inspiré de Dickens « Doit et Avoir » (1855), qualifié de « première fleur du réalisme moderne » selon Fontane.
Extrait de « Les journalistes » :
« Schmock frappant à la porte du journal concurrent. - « chez Blumenberg, j’ai appris à écrire tantôt pour la gauche, tantôt pour la droite. Je sais écrire pour tous les partis. »
Bolz. - « Je vois, je vois. Vous avez du caractère ». Et de conclure :
« Messieurs les journalistes sont des gens dangereux dont on a intérêt à conserver la bienveillance ».

Il y a également Ludwig Thoma et ses satires réalistes du quotidien bavarois et de la société allemande en générale (« Première classe » - « Chemin de fer local » - « Medaille » - « L’anniversaire de Charlotte » 1902).
Enfin, Anzengruber développe dans « Le pasteur de Kirchfeld » une morale populaire. En 1870 date à laquelle est créée la pièce, éclate un conflit entre le libéralisme de l’église autrichienne et l’intransigeance de Rome. Cette tension entrainera la révocation du Concordat romain par le gouvernement autrichien .
4 auteurs excellent dans un art populaire et une littérature régionaliste ; Otto Ernst (1862/1926) avec « Flachsmann l’éducateur » ou Oscar Blumenthal et Gustav Kadelburg « Au cheval blanc » sont représentatifs de ce mouvement. Les pièces en un acte de Ludwig Thoma peuvent se situer dans ce courant également avec ses caricatures des Bavarois au travail.
Hermann Sudermann enfin, à un moment de sa vie, notamment dans ses « histoires lituaniennes ».

Le naturalisme est certainement le courant le plus représenté au camp ; la plupart des auteurs s’en revendiquent, certains influencés par le théâtre naturaliste d’Ibsen (Max Halbe par exemple), d’autres par le naturalisme français de Zola (Hauptmann, Holz).

L’arrivée de Guillaume II sur le trône en 1890 ravive les idées expansionnistes de l’Allemagne. Les écrivains de l’époque sont souvent plus sensibles aux problèmes sociaux du peuple allemand qu’aux rêves de grandeur de leurs dirigeants. Arno Holz en est le chef de file, le dramaturge Hauptmann un représentant également important, Sudermannn, Halbe et Hartleben sauront le mettre au goût du public, ce qui assurera leur succès. Trois excellents carcassiers !
L’étude du milieu est privilégiée, un milieu qui détermine, forge, façonne l’identité de l’individu. Le déterminisme et l’hérédité de classe sont traités chez Holz et Hauptmann. Sa pièce « Avant le lever du soleil » est le 1er drame naturalisme allemand ; il révèle un intérêt pour le sort réservé aux classes défavorisées, aux inégalités sociales avec comme toile de fond l’hérédité et l’alcoolisme. Il n’y a pas d’intrigue, tout est écrit ; les personnages sont passifs, prisonniers de leur condition. La description des forces chaotiques enfouies chez l’homme et qui se déchaînent à l’occasion d’un incident de vie est aussi un thème de prédilection du naturalisme.
Holz (« Traumulus ») cherche à éliminer toute subjectivité de l’art, pour retransmettre fidèlement la réalité.

Max Halbe, dramaturge naturaliste traite du pays natal qui façonne les destins et du milieu qui détermine les faits.
D’autres auteurs sont du courant naturaliste. Otto Erich Hartleben, ami de Hauptmann, poète bohème, évoque un naturalisme teinté d’ironie avant d’aborder des drames bourgeois dans ses dernières œuvres. Karl Schönherr, dramaturge autrichien, enraciné dans le Tyrol, traite de drames naturalistes ; c’est un formidable portraitiste de l’existence humaine. Il héroïse et romance la vie rurale dans la comédie en 3 actes « la terre » (1907). Il est influencé par le drame réaliste de Anzengruber. Sans oublier enfin la comédie « l’honneur » (1889) de Sudermann Hermann et la pièce « Vieil Heidelberg » de Wilhelm Meyer-Förster.
Le naturalisme aura une existence très éphémère en Allemagne.

Les frères Paul et Franz Schönthan, joués une seule fois à l’Ile Longue se situent à un autre niveau et sont plus des précurseurs de la comédie de boulevard, (« L’enlèvement des Sabines »).

Un mot également sur le courant symboliste avec « La cloche engloutie » (1897) de Hauptmann. Cette pièce rencontra peu de succès et l’incompréhension du public à l’époque. C’est une œuvre en rupture chez Hauptmann qui frôle le mysticisme. Le symbolisme en Allemagne se définit surtout en opposition au naturalisme : le culte de l’art et une poésie rigoureuse réservée à une élite de fidèles.

Enfin, deux auteurs sont un peu à part : Hugo von Hofmannsthal et Arthur Schnitzler, viennois dans une Vienne sur le déclin dans ce qu’on appelle le lyrisme viennois
Hugo von Hofmannsthal développera un lyrisme de l’intériorité (« le fou et la mort » 1893), avant de se tourner vers le roman dramatique et l’opéra.
« Et puisque morte fut ma vie, sois donc ma vie Ô mort !
Et ce n’est qu’en mourant que je me sens exister » - « le Fou et la Mort ».
Il écrit de façon ciselée comme pour endiguer le déclin de la monarchie des Habsbourg, rend parfaitement compte de l’atmosphère de fin de règne de la Vienne des années 1830, d’ une tristesse devant la fuite du temps, de la lassitude de l’esthète devant le spectacle du monde. Il défend la poésie, le sens du sacré, face au rouleau compresseur de la société qui avance. Il défend l’idée que pour sauver ce qui s’effondre, à savoir la monarchie habsbourgoise et sa brillante culture, il convient de donner à l’expression artistique clarté, perfection de la forme. Une esthétique morbide et mélancolique de la Vienne de la fin du siècle.
« la lassitude de races oubliées
pèse à mes paupières d’un poids invincible
et je ne puis écarter de mon âme épouvantée
la chute muette des astres moyens... »
Il faut à tout prix se préserver de la laideur et de la dureté qui avaient été mis à nu par le naturalisme. Le Jugendstil poursuit la même démarche : le décor, la forme et la sensualité sont mis en avant, l’homme doit être « immergé dans un happening total esthétisé » ; pour reprendre une expression connue : « le Jugendstil, ces décorateurs de la fin du monde ».

Arthur Schnitzler, ami de Hugo von Hofmansthal, pratiquera un lyrisme baigné dans l’ univers onirique propre à la topique freudienne. Il explore les replis les plus secrets de l’âme humaine et invente le monologue intérieur, technique inédit jusqu’alors au théâtre. Ainsi nait le soliloque, discours à soi-même qui dévoile les états d’âme ou l’inconscient du personnage. Il s’est inspiré du roman de E. Dujardin de 1887 « les lauriers sont coupés » dans lequel pour la 1ère fois le récit s’écrit du seul point de vue des pensées intimes du narrateur.
Il s’opposera clairement à l’antisémitisme. Ses descriptions franches des mœurs sexuelles de ses contemporains, ses évocations d’ un érotisme raffiné (« La ronde ») feront scandales. Le personnage d’ Anatol courra d’une aventure amoureuse à l’autre, recherchant vainement dans la satisfaction sexuelle une compensation au vide de son existence.
Ses personnages sont dotés d’ une grâce mélancolique et décrits avec beaucoup de justesse.
Ces deux auteurs évoluent dans une Vienne certes sur le déclin, mais où règne tout de même une effervescence intellectuelle, un bouillonnement culturel. L’époque portera le nom de joyeuse apocalypse !

Les thèmes des pièces

Des pièces qui globalement rencontrent le succès lors des premières. « Vieil Heidelberg » est la pièce la plus jouée dans la 1ère moitié du XXème siècle. « Jeunesse » rencontre le même succès.
La pièce de Sudermann « L’honneur » connait un succès planétaire et son auteur deviendra « le véritable héritier du jeune Schiller ».Il en est de même pour « Typhon » de Melchior Lengyel, pièce qui fera le tour du monde :

Kobayaki. – que faites-vous ici, monsieur Lindner ?
Lindner. – Vous le voyez, je soigne Tokéramo.
Kobayaki. – Bien obligé ; mais c’est à nous à le faire. Nous sommes compatriotes. Vous, qu’êtes-vous pour lui ?
Lindner. – Je suis son frère, parce qu’il est un homme et parce qu’il souffre.
Kobayaki. - Nous n’avons pas le temps, nous autres, de nous apitoyer sur un homme. Nous ne vivons pas pour un homme, mais pour les cinquante millions de Japonais qui vivent, et pour les millions et les millions d’ancêtres qui sont morts, qui nous regardent et qui nous dictent notre devoir !
Lindner. - Vous avez le cœur si large qu’on n’y trouve plus aucun sentiment humain. Encore vos devoirs, votre éternel devoir ! C’est au nom de ce devoir que vous comettez les pires crimes !
Kobayali, impérieusement. - Tokéramo, il faut que cet homme sorte ! Nous ne pouvons souffrir qu’il reste auprès de toi !
Tokéramo, se cramponnant à Lindner. - Oh ! Ne t’en va pas !
Kobayaki. - Le malheureux ! Il le préfère à nous !
Lindner. - C’est qu’il a senti, sur son cœur, battre mon cœur apitoyé, alors que vous autres, figés dans votre stupide conception du devoir, vous êtes tous, au fond, des ennemis les uns pour les autres.

Des pièces qui seront portées à l’écran par les cinéastes :
« Vieil Heidelberg » par Lubitsch en 1927 (film muet).
« Heimat » de Sudermann par Carl Froelich en 1938 « Home »
« Flachsmann l’éducateur » par Carl Heinz Wolff en 1930.
« Traumulus » : film de Carl Froelich en 1936.
« Typhon » de Melchior Lengyel adapté au cinéma en 1914.
« Liebelei » de Schnitzler ; interprétation cinématographique de Max Ophuls en 1932 et 1950.
« Le pasteur de Kirchfeld » en 1955 par Hans Deppe.

Ou qui donneront naissance à des comédies musicales :
S. Romberg reprend le thème de « Vieil Heidelberg » en 1915.
« Au cheval blanc » de Oscar Blumenthal et Gustav Kadelburg deviendra une opérette de Ralph Benatzky.
Dans le répertoire plus ancien interprété sur l’île, il y a bien évidemment les pièces citées plus haut, mais également « L’air de la grande ville » (1861) de Oscar Blumenthal (décédé en 1917).

Parmi les pièces jouées, certaines sont avant-gardistes quant aux thèmes traités :
L’anti-cléricalisme avec « Jeunesse » de Max Halbe et « Le pasteur de Kirchfeld » de Anzengruber. Anzengruber qui participe activement à la Freie Bühne, société de théâtre allemand fondée à Berlin en 1889 qui se donne comme objectif de réaliser des drames contemporains en suivant l’exemple du théâtre libre d’Antoine à Paris.
La critique des conventions sociales comme le mariage, le sexe avec Max Halbe.
Ludwig Thoma dénonce les compromissions de la petite bourgeoisie (« moral » 1908) ou des dirigeants politiques (« chemin de fer local »).
Arthur Schnitzler dans « La ronde », est traité de pornographe.
La stupidité de la bourgeoisie et des dirigeants, des compromissions dans « La pelisse de Castor » de Hauptmann, véritable satire des dirigeants prussiens. « Fritzchen » de Sudermann décrit la dureté du code d’honneur autrichien et l’immoralité de l’aristocratie prussienne.
La rupture entre les journalistes et le milieu politique (Freytag « Les journalistes »).
La place de la femme dans la société avec « Patrie » pièce révolutionnaire de Sudermann qui donne au monde une nouvelle image de la femme moderne, un type de maternité libre, en dehors des liens du mariage.
Les inégalités sociales dans les drames de Hauptmann (« Les tisserands »). Ce qui lui vaudra l’ire de Guillaume II au point que les théâtres ne voulaient plus le produire.

  • L’évocation des thèses psychanalitiques avec A. Schnitzler et le soliloque.
    Bernstein auteur controversé après sa pièce « après moi » en 1911 ou l’histoire d’un juif déserteur qui entraîne des manifestations antisémites et nationalistes, notamment de l’action française de Léon Daudet.
    Les rapports Maîtres – Élèves sous le régime autoritaire de Wilhelm dans « Traumulus » de Holz et Jerschke ou bien « Flachsmann éducateur » de Otto Ernst.
    La recherche du sens de la vie (« Le fou et la mort »).

Et puis des thèmes plus légers dont les prisonniers sont friands. Des amourettes entravées par la raison d’état (« Vieil Heidelberg »), des amourettes sacrifiés aux préjugés de classe (« Liebelei »)
Des comédies divertissantes comme « Fauteuil club » de Karl Rössler (1864/1948) et Heller ou bien « L’enlèvement des Sabines » des frères Schönthan, « L’excellence bienheureuse » de Rudolf Presber et Léo Walter Stein, « Une tasse de thé » de Nuitter et Derley. Des farces également qui mettent en avant le réseau des dépendances sociales en Bavière « Medaille » et « Chemin de fer local » de Ludwig Thoma. Ces pièces légères sont plébiscitées par le public de prisonniers, ainsi qu’en témoigne ces deux articles parus dans le journal « Die Insel-Woche » :
« Ainsi elle se déroule devant nous, cette comédie, et nous remplit pleinement d’un grand rire et nous transporte pendant des heures au-dessus du flux des jours qui s’égrènent silencieusement ».
Ou encore « la mise en scène et le jeu des acteurs dépassaient toutes les attentes. Tout était mis en œuvre avec zèle pour nous soustraire quelques heures à la grisaille du quotidien ».

Voilà brossé à grand traits une partie de la vie culturelle du camp à travers le théâtre. Il est extraordinaire que cela ait pu se réaliser, dans un camp d’internement soumis aux restrictions de l’époque. Cette activité théâtrale venait compléter la longue liste d’activités sportives ou culturelles mises en place au camp : des concerts, des expositions artisanales, pas moins de 11 cours de langues différents, mais aussi de mathématiques, d’algèbre, de trigonométrie, d’astronomie, d’instructions nautiques... Une bibliothèque très fournie dirigée par Löwe.
Une sorte d’acharnement à travailler, réfléchir, apprendre, poursuivre un objectif, bref, tout ce qui caractérise l’être humain.

Le dernier mot reviendra aux prisonniers du camp. Le préfet leur avait interdit l’envoi du journal « Die Insel-Woche » à leurs familles. Dans un courrier adressé au préfet, ils demandent la levée de cette interdiction.
« Nos efforts, quant à la discipline du camp, notre désir d’arriver à offrir une pâture littéraire à nos camarades, notre travail moral, si salutaire à bien des égards, furent hautement appréciés et dans notre pays, et dans les différentes œuvres de secours aux prisonniers de guerre fonctionnant en pays neutres. L’envoi de notre journal avait, en outre, imprimé à notre camp, un cachet spécial auquel nous tenions tant, et qui, pour nos parents, fut un véritable réconfort. Il permet aux nôtres de se rendre compte que le traitement dont nous jouissons laissait place à des aspirations individuelles et calmait les inquiétudes quant à l’action débilitante d’une longue captivité. Toutes ces raisons m’engagent impérieusement à vous prier respectueusement, Monsieur le Préfet, de vouloir bien lever cette interdiction qui nous frappe, l’envoi des publications paraissant dans des camps d’internés étant également autorisé en Angleterre et en Allemagne. Le fait de ne plus recevoir subitement notre journal causera, sans nul doute, de vives inquiétudes chez les nôtres, ainsi qu’à la Croix-rouge Suisse et pourrait donner lieu à des interprétations fâcheuses.
Nous vous assurons, Monsieur le Préfet, que nous considérons comme un affaire d’honneur la responsabilité que nous mesurons du fait de la rédaction et de la publication de la Insel Woche et que nous avons pleinement conscience de la façon d’user de la liberté que nous vous sollicitons par la présente de rétablir. Dans l’espoir d’une solution favorable à cette demande, je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de notre sincère dévouement. ».

Michel AYMERICH

Traité de l'Elysée

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