Ile Longue 1914-1919
Ile Longue 1914-1919, le camp de prisonniers

Dieser Internet-Auftritt verfolgt das Ziel, möglichst viele Informationen über das Internierungslager auf der Ile Longue zusammenzustellen, damit Historiker und Nachkommen der Internierten sich ein Bild von den Realitäten dieses bisher wenig bekannten Lagers machen können - nicht zuletzt auch, um die bedeutenden kulturellen Leistungen der Lagerinsassen zu würdigen.

Le but de ce site est de prendre contact avec les familles des prisonniers allemands, autrichiens, hongrois, ottomans, alsaciens-lorrains... qui ont été internés, pendant la Première Guerre mondiale, dans le camp de l’Ile Longue (Finistère).

La culture intellectuelle
Article mis en ligne le 13 octobre 2012
dernière modification le 24 novembre 2013

par Christophe
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Une fois de plus, c’est grâce au journal de camp Die Insel-Woche que nous sommes au courant d’une facette de la vie culturelle qui, bien que ne concernant qu’une minorité des prisonniers, a dû avoir une influence considérable sur l’esprit du camp ...

En effet, les responsables de Die Insel-Woche ne se contentent pas de répondre à la demande de tous ceux qui, dans les pages d’un journal, cherchent des informations sur le camp, des nouvelles politiques, des résultats sportifs ou
simplement le divertissement. Non, ils cherchent aussi à gagner l’adhésion de la minorité de ceux qui, plus exigeants, aspirent à une vraie nourriture spirituelle. C’est ainsi que Die Insel-Woche publie, à des intervalles irréguliers, des contributions à thématique littéraire, scientifique ou philosophique qui semblent prouver qu’un nombre non négligeable de prisonniers y trouve son intérêt.

La culture intellectuelle à travers différents exemples.
D’abord trois articles sur des sujets littéraires et philosophiques :
1. Hermann Hesse
2. Thomas Mann
3. Henri Bergson

1. Hermann Hesse
Même dans ce domaine, c’est le pasteur Hommel qui fait entendre sa voix bien connue, à travers unarticle (n° 13 du 1er juillet 1917) sur le poète et romancier allemand Hermann Hesse.
Voici la traduction française de ce texte :

"A Hermann Hesse, à l’occasion de son 40e anniversaire
Le fait d’adresser quelques mots simples de reconnaissance à Hermann Hesse, depuis l’éloignement du monde qui est le nôtre, n’est nullement dû à une surabondance de place dans notre Inselwoche. C’est plutôt la conscience de devoir une reconnaissance toute particulière a l’un de nos plus grands narrateurs, Hermann Hesse… Puisque nous l’avons connu par ses livres comme consolateur des solitaires et sans-patrie et que nous l’aimons comme un proche ami.
Solitaire lui-même, Hesse écrit pour ceux à qui la vie a enlevé successivement la gaieté de cœur infantile, l’exubérance juvénile, le bonheur d’amour et la fidélité amicale ; mais sa consolation, à lui, ne consiste pas dans le renoncement meurtri au bonheur de la vie ni dans le romantisme populaire du suicide – au contraire, il dit ≪ oui ≫ a la vie et se construit un bonheur modeste composé de souvenirs de moments heureux, d’êtres chers et d’endroits de bonheur : il a ainsi gravé dans son cœur tout ce qu’il a vécu de plus beau dans le passé pour lui garder, malgré tout, sa jeunesse et sa fraîcheur."
Hermann Hesse, né le 2 novembre 1877 à Calw, en Forêt Noire, n’était à cette époque pas encore l’écrivain et poète de renommée mondiale qu’il allait devenir après la Première Guerre Mondiale, grâce à ces œuvres majeures que sont les romans Demian (1917), Siddharta (1922), Le Loup des steppes (1927), Narcisse et Goldmund (1930) et Le Jeu des perles de verre (1943) (le Prix Nobel ne lui a été décerné qu’en 1946). De nombreux prisonniers ou internés civils de la Première
Guerre Mondiale connaissaient Hermann Hesse, pour son œuvre mais aussi pour son travail de coéditeur du Journal des Internes allemands (1916 – 1917) et pour sa fonction de responsable de la Librairie des prisonniers de guerre allemands. Notons enfin que Hermann Hesse faisait partie des rares intellectuels allemands ouvertement opposés à cette guerre.

2. Thomas Mann
Si Die Insel-Woche consacre un article (n° 23 - 9 septembre 1917) à Thomas Mann, autre très grand auteur allemand et Prix Nobel de littérature du 20e siècle, c’est pour faire l’éloge du livre « Friedrich II. und die groβe Koalition » (Frederic II et la Grande Coalition), un ouvrage de tendance ouvertement nationaliste et guerrière. Thomas Mann y compare, en effet, la situation de l’Allemagne de la Première Guerre Mondiale à celle de la Prusse sous le Roi Frédéric II qui, au prix de lourdes pertes dans la Guerre de Sept Ans (1756-1763), arriva finalement à s’emparer de la Silésie. Voici quelques passages caractéristiques de l’article :
La plupart des livres de guerre portent l’empreinte de la litterature de divertissement
courant, de descriptions ou de recits de tous genres d’evenements et de destins.
De ce flot de livres divertissants sur la guerre emerge, haut comme une tour, l’ouvrage de Thomas Mann : « Friedrich II. und die groβe Koalition ».
Thomas Mann, le celebre auteur des ≪ Buddenbrooks ≫, l’artiste qui, a une altitude
invisible, poursuivait son chemin solitaire, s’est abaisse pour se placer au milieu du grouillement des questions et des opinions du jour. Mais il a certainement bien fait, et ce qu’il avait a dire, valait bien d’etre dit : ≪ les evenements etaient certainement de nature a creer en chaque individu, meme le moins sur, le sens de l’engagement national.
Un peu plus loin, l’auteur continue en écrivant :
Je voudrais souligner l’importance fondamentale d’une pensée que l’auteur exprime
quelque part dans son livre : ≪ C’est avec la plus grande joie que nous nous souvenons aujourd’hui de l’histoire de Frederic le Grand. Car ce faisant, notre souvenir s’oriente dans une direction singuliere, a savoir celle du futur : ce qui, decidement, est la facon la plus excitante de se souvenir. ≫ En effet, Thomas Mann veut etablir un parallele avec la guerre d’aujourd’hui en nous déroulant un tableau des constellations politiques qui, l’été 1756, étaient à l’origine du conflit entre Frédéric et le reste de l’Europe. Il nous peint une image dont les traits dominants sont la clarté et une profonde recherche de connaissance. Ainsi ce livre est un livre allemand dans le meilleur sens du mot.
Donc, établir un parallèle, c’est ce que veut Thomas Mann, et nous sommes vraiment
étonnés de constater la similitude de la situation intérieure de cette guerre avec celle en place aujourd’hui.
Frederic le Grand, selon l’explication de l’auteur, c’est l’Allemagne d’aujourd’hui et les
qualités revelées alors par le Roi, qui, a elles seules, lui ont assuré la victoire dans ce conflit inégal, des qualites comme l’énergie rapide et la patience endurante sont toujours des traits caracteristiques de l’Allemagne.

La phase pendant laquelle Thomas Mann se met au service du nationalisme conservateur du moment est de courte durée. Nous savons, que quelques années plus tard, il fera preuve de convictions républicaines et démocratiques, notamment dans son engagement inconditionnel contre le nazisme.

3. Henri Bergson
Une importante preuve de cet esprit d’ouverture est la publication, dans l’un des derniers numéros du journal (seconde série, seconde année, n° 5 du 5 mai 1918), d’un long article sur « L’Evolution Créatrice » , le troisième grand texte du philosophe français Henri Bergson (1859 – 1941). D’ailleurs, tout comme Hermann Hesse (1946) et Thomas Mann (1929), Henri Bergson est lui aussi prix Nobel de littérature (1927).
Les circonstances particulières ayant permis la parution de cet article sont extraordinaires. Tout d’abord, la présence parmi les prisonniers d’un homme (17) à la hauteur intellectuelle de l’auteur de cet article qui ne semble pas seulement maîtriser parfaitement la langue française (la première traduction allemande de « L’Evolution Créatrice » date seulement de 1921), mais qui, en plus, fait preuve de connaissances étonnantes en matière de biologie et de théorie de l’évolution.
Finalement, cet article n’aurait pas pu être publié s’il n’y avait pas eu, dans le camp, un nombre suffisamment important de prisonniers intéressés par cette thématique et sa présentation exigeante.
Il convient de rappeler ensuite que Bergson n’était pas un philosophe retiré dans sa tour d’ivoire, refusant de participer aux agitations de ce monde. Au contraire, pendant les années de la guerre, il manifeste un nationalisme acharné ; il est même supposé avoir oeuvré, par ses entretiens avec le président Wilson, pour l’entrée en guerre
des États-Unis aux côtés des Alliés – cette intervention américaine qui scelle définitivement le sort de l’Allemagne.
Par conséquent, la publication d’un article approbateur et admiratif sur une œuvre de
Bergson, ennemi déclaré de l’Allemagne, dans un journal de prisonniers de guerre allemands sur le sol français, paraît remarquable, sinon étonnante, d’autant plus que l’équipe rédactionnelle était certainement au courant de la teneur nationaliste et guerrière des prises de position du philosophe.
Une nouvelle preuve de l’esprit particulier qui semble avoir régné au camp de l’Ile Longue.

Mais la « culture intellectuelle » du camp ne se limite nullement aux sujets littéraires ou philosophiques. De nombreuses études approfondies dans des domaines comme l’égyptologie, la politologie, la macro-économie, le droit, la botanique, la géologie, la géographie, la linguistique ... prouvent la présence, dans le camp, de spécialistes de haute érudition.

Voir par exemple les articles suivants :

Die Insel-Woche 2nde série/1re année
 n° 3, p. 1 : Kriegsernahrungsamter im alten Ägypten - Egyptologie
 n° 6, p. 2 :Die Getreideversorgung der Welt- Macroéconomie
 n° 7, p. 2 : Der Proporz - Politologie
 n° 10, p. 1 : Arabisches aus der deutschen Sprache - Linguistique
 n° 10, p. 4 : Aktuelles aus dem offentlichen Recht - Droit
 n° 12, p. 1 : Einiges uber die Flora auf Ile Longue – Botanique
 n° 13, p. 1 : Wie errichte ich auf Ile Longue mein Testament ? - Droit
 n° 14, p. 1 : Holzmangel im Krieg und Forstwirtschaft - Economie
 n° 14, p. 2 : Staatsangehorigkeit nach deutschem Recht - Politologie
 n° 15, p. 1 : Die Zentralisierung der Industrie – Economie
 n° 39, p. 4 : Die Bucht von Brest (eine erdgeschichtliche Skizze) – Géographie
 n° 45, p. 4 : Über die Ursachen von Erdbeben – Géologie

D’après le chapitre Culture intellectuelle in : Die Insel-Woche (La semaine de l’Ile) par Christophe Kunze, paru dans la revue Avel Gornog n° 16 d’août 2008

Les articles extraits de la revue du camp Die Insel-Woche ne sont disponibles,
actuellement, qu’en langue allemande. Il est prévu de les traduire au fur et à mesure.
Merci de nous aider à accomplir ce travail.

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