Ile Longue 1914-1919
Ile Longue 1914-1919, le camp de prisonniers

Dieser Internet-Auftritt verfolgt das Ziel, möglichst viele Informationen über das Internierungslager auf der Ile Longue zusammenzustellen, damit Historiker und Nachkommen der Internierten sich ein Bild von den Realitäten dieses bisher wenig bekannten Lagers machen können - nicht zuletzt auch, um die bedeutenden kulturellen Leistungen der Lagerinsassen zu würdigen.

Le but de ce site est de prendre contact avec les familles des prisonniers allemands, autrichiens, hongrois, ottomans, alsaciens-lorrains... qui ont été internés, pendant la Première Guerre mondiale, dans le camp de l’Ile Longue (Finistère).

« Die Insel-Woche », seconde série
Article mis en ligne le 7 janvier 2014
dernière modification le 15 avril 2015

par Christophe
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Quand, en avril 1917 – leur captivité dure maintenant depuis deux ans et demi - les prisonniers sont à nouveau autorisés à rédiger et faire circuler un journal, ils doivent se conformer à des règles très strictes dont l’application est contrôlée par une censure régulière.

Voici le télégramme du Préfet au sous-préfet de Brest (17 mars 1917) précisant le cadre de cette nouvelle publication :

En réponse à votre lettre du 15 mars courant, j’ai l’honneur de vous faire connaître que conformément à votre avis favorable, j’ai autorisé le nommé KOWALSKI Edmund, interné à l’Ile Longue, à publier au camp une petite revue hebdomadaire de réclame qui pourra contenir des critiques de théâtre, compte-rendus de concerts, chroniques de sport et des annonces. Cette revue devra être censurée par l’interprète HAASE et deux exemplaires de chaque numéro me seront transmis par le chef de dépôt avant la publication. Vous aurez soin de m’adresser régulièrement 4 exemplaires de cette revue pour le service du dépôt légal.

Ce changement de conditions se fait clairement sentir au niveau de l’éditorial paru dans le premier numéro de la seconde série. Comparé à celui de la première série, il n’adopte pas seulement un ton différent, mais définit des objectifs qui tiennent davantage compte des risques et problèmes spécifiques à un camp de prisonniers et propose en même temps une parade à ces mêmes risques et problèmes. Ce faisant, il réussit un exercice d’équilibriste : la philosophie générale qui doit guider le travail des rédacteurs est suffisamment pacifique et complaisante pour à la fois ménager les susceptibilités de l’administration française et assurer ainsi la pérennité de la revue. Cet exercice difficile lui permet néanmoins de représenter les intérêts des prisonniers et de jouer son rôle d’instance morale. Voici donc la traduction de cet autre éditorial.
Voici donc cet éditorial :

Pour la conduite

Le bruissement des tempêtes printanières qui secouent nos baraques, ne touche qu’un monde réduit, notre vie de prisonniers. La tempête guerrière qui, tel un souffle destructeur, sillonne le monde, nous affecte certes puissamment et nous tient en haleine ; mais nous sommes dans l’impossibilité de la saisir. Tout au moins pas dans Die Insel-Woche qui, après une interruption d’un an, se présente aujourd’hui dans de nouveaux habits devant les camarades. Nous n’avons pas le droit de prendre position au sujet des grands événements qui bouleversent le monde.

La tâche première d’un journal, celle de rapporter immédiatement les nouvelles du monde entier, nous est aussi interdite. Tout ce que Die Insel-Woche peut faire est de proposer une chronique de notre petit monde. Et, Dieu merci, nous avons des choses à rapporter sur l’Île Longue. Ce ne sont pas seulement les bavardages de la vie de tous les jours qui nous occupent ici. Nous pouvons traiter beaucoup de sujets dont, plus tard, nous nous souviendrons, malgré tout, avec plaisir. Le théâtre, la musique, l’enseignement, les conférences instructives, l’aide portée au prochain avec sérieux et affection, sans oublier les sports de tout genre – tout cela nous soulève au-dessus de la corvée (en français dans le texte) quotidienne et nous maintient en état pour affronter un avenir dont les exigences seront plus lourdes que celles du passé. Et c’est justement ce qui a de la valeur pour notre petite vie qui formera le contenu de Die Insel-Woche. A côté de cela, nous voulons donner de la force à nos camarades avec une parole bonne et forte.

Les difficultés ne manquent pas. Nous saurons surmonter celles qui sont de nature technique et nous espérons être bientôt en mesure d’élargir le contenu de notre entreprise. Nous sommes animés par la bonne volonté de combler avec notre journal une lacune dans notre vie de camp, mais aussi de remettre entre les mains de nos camarades une feuille aide-mémoire pour l’avenir. Personne n’aura le droit de reprocher aux prisonniers de l’Ile Longue de faire preuve de pauvreté d’esprit ou de manquer de courage pour le travail.

Voir le texte allemand « Zum Geleit »

Ce texte est signé « la Direction Rédactionnelle », expression qui, malheureusement, voile le nom du ou des auteurs. Qu’il s’agisse d’une seule personne ou d’un collectif, ce qui caractérise ce texte et lui donne sa puissance, c’est la ferme conviction des auteurs d’avoir et la possibilité et le devoir de faire face aux graves problèmes de la captivité. L’objectif du journal et sa principale fonction sont clairement affichés : aider les prisonniers à survivre la captivité avec dignité et convenance. Pour atteindre cet objectif, l’équipe rédactionnelle s’attache à propager les valeurs humanistes qui sont les siennes, moyennant des articles sur les activités artistiques, scientifiques, artisanales, sportives … chaque semaine, inlassablement.

Le style métaphorique, le ton emphatique et mobilisateur de cet éditorial qui en dit long sur l’état d’esprit des auteurs et de leurs ambitions, n’ont certainement pas été employés pour des raisons esthétiques ou purement décoratives. Avec des mots hauts en couleur et la gravité dans l’expression, les auteurs ont dû vouloir créer un flux puissant et irrésistible permettant d’entraîner les prisonniers dans un combat commun contre les risques majeurs de la captivité : l’oisiveté et la déchéance morale.

Une pensée aux prisonniers qui, par leur engagement personnel, ont su assurer la création, la réussite et la pérennité de ce journal de camp, les responsables d’édition et/ou rédacteurs en chef : Edmund Kowalski, Gustav Tschentscher et, tout particulièrement, le pasteur Friedrich Hommel.

Traité de l'Elysée

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